Equateur : manifestations de soutien au candidat indigène et la droite en péril

Des centaines d’indigènes équatoriens ont manifesté jeudi à Quito pour soutenir leur candidat à la présidence de l’Equateur, Yaku Perez, qui estime que le premier tour de l’élection présidentielle a été marqué par la fraude et demande un recomptage.

Des manifestations ont éclaté dans la capitale de l’Equateur, le 11 février, à Quito. Des centaines d’indigènes équatoriens se sont insurgés contre le premier tour de l’élection présidentielle qui a eu lieu dimanche 7 février. Les manifestants ont scandé leur soutien à Yaku Perez, l’un des candidats à la présidentielle, qui dénonce un premier tour marqué par la fraude. 

Yaku Perez, arrivé troisième au premier tour selon les résultats provisoires avec 19, 42 % des voix, a demandé un recomptage des votes. Il a reçu le soutien du candidat de droite Guillermo Lasso, arrivé deuxième avec 19, 72 % des voix devant Yaku Perez. 

La fraude a été commise“, a déclaré Yaku Perez à la presse pendant le rassemblement de quelque 600 indigènes et militants de gauche devant le siège du Conseil national électoral (CNE) dans la capitale équatorienne.

Des partisans du candidat ont aussi manifesté dans d’autres villes, dont Guayaquil, le grand port du sud-ouest.

Si l’écart se maintient entre Guillermo Lasso et Yaku Perez, c’est Guillermo Lasso qui affrontera au second tour, prévu pour le 11 avril, l’économiste Andres Arauz, 36 ans, soutenu par l’ancien président socialiste Rafael Correa (2007-2017).

Andres Arauz, figure de la gauche réformiste latino-américaine, est arrivé largement en tête du premier tour avec 32,64 % des voix, selon les résultats publiés jeudi, qui portent sur 99,93 % des bulletins.Le vainqueur succèdera au président Lenin Moreno, dont le mandat de quatre ans s’achève le 24 mai et qui ne se représente pas.

“Nous défendons la démocratie”, manifestant

Yaku Perez a exposé ses griefs lors du rassemblement de ses partisans devant le siège du CNE, entouré de barrières métalliques et protégé par des policiers et des militaires.

Les manifestants agitaient des drapeaux du mouvement indigène et brandissaient des pancartes proclamant “Yaku est l’Equateur” ou “La volonté du peuple doit être respectée“.

Nous défendons la démocratie“, et “nous allons la défendre jusqu’au bout“, a déclaré à l’AFP un manifestant, Oswaldo Rea. “Yaku Perez doit être président des Equatoriens, des plus pauvres, des plus nécessiteux“, a-t-il dit.

Yaku Perez réclame un recomptage des voix dans plusieurs provinces, dont les quatre qui ont le plus grand nombre d’électeurs, notamment la province de Guayas, dont la principale ville est Guayaquil, et la province de Pichincha, où se trouve Quito.

Guillermo Lasso s’est joint jeudi à la requête de Yaku Perez. “Vous avez mon soutien à votre demande au Conseil national électoral pour que, dans le cadre de la loi, il apporte à vous, à vos électeurs et au pays l’assurance que les résultats reflètent la volonté des Equatoriens“, a déclaré le candidat dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux.

Yaku Perez a appelé ses partisans au calme, tout en répétant son engagement de parvenir à “un Equateur sans corruption“.

Adversaire résolu de la politique qu’a menée Rafael Correa, il a accusé Guillermo Lasso d’œuvrer pour favoriser Andres Arauz, le candidat soutenu par l’ancien président socialiste, arrivé en tête au premier tour. Selon lui, Guillermo Lasso “sait qu’il ne va pas battre Andres Arauz, il joue le jeu du corréisme“.

La présidente du CNE, Diana Atamaint, a déclaré mercredi que les résultats complets pourraient être rendus publics “dans les prochaines 48 heures“.

La mission d’observation envoyée par l’Organisation des Etats américains (OEA) a appelé les parties concernées à faire preuve de responsabilité.

La marge entre les candidats qui occupent la deuxième et la troisième places est très mince. Pour cette raison, il est essentiel que les candidats en lice aient la certitude que leurs votes soient pris en compte par les autorités électorales“, a déclaré la mission.

Le président Moreno lui-même a appelé le CNE à fournir des résultats fiables. “Le pays a besoin des résultats, mais avec une confiance totale dans ces résultats“, a-t-il déclaré mercredi dans une allocution radio-télévisée.

Le président sortant a exhorté les autorités électorales à “traiter toutes les demandes de révision” et à le faire “de manière transparente“.

Une défaite pour la droite équatorienne 

La victoire provisoire du premier tour par le candidat Arauz et l’arrivée en troisième place par le candidat de droite, Lasso, annoncent un changement du paysage politique de l’Equateur, selon la revue Révolution permanente

Ces élections marquent le rejet ferme du projet néolibéral et pro-impérialiste qu’a mis en place Lenin Moreno. En effet, la candidate du parti de Moreno n’a obtenu que 2% des scrutins. Mais ce rejet va au-delà de Moreno, c’est un rejet du projet que propose la droite en elle-même vu le positionnement du candidat Lasso. Les Equatoriens craignent aussi le retour à la crise de la dollarisation qui avait approfondi le retard économique du pays et ses liens de dépendance.

Avec l’AFP