Titres de séjour : quels chiffres pour 2020 ?

La thématique de l’immigration, déjà très présente dans l’espace médiatique, s’est retrouvée au cœur du débat entre Gérald Darmanin et Marine Le Pen dans “Vous avez la parole”sur France 2 jeudi. Une joute verbale a eu lieu notamment sur les chiffres des titres de séjour. Ces derniers ont grandement baissé depuis 2019.

Ce n’est pas sérieux, vous installez la peur“, a lancé le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, à Marine Le Pen lors d’un débat diffusé sur France 2 le 11 février. Le ministre dénonçait les approximations de l’élue RN à propos des titres de séjour en France. Pour rappel, un titre de séjour est la reconnaissance par l’administration française du droit de rester temporairement dans un pays. L’ancienne candidate à l’élection présidentielle a affirmé que le gouvernement en avait accordé 471 000 en 2019.

Mais cette donnée est factuellement fausse. Le 21 janvier dernier, comme chaque année, la Direction générale des étrangers en France (DGEF) du ministère de l’Intérieur a publié les statistiques de l’immigration, de l’asile et de l’accès à la nationalité française. Dans ce document de sept pages, il est expliqué que 277 406 titres de séjour ont été délivrés par l’administration française. Marine Le Pen était donc loin du compte face à l’actuel maire de Tourcoing.

Une baisse due à la crise sanitaire

L’autre information intéressante concerne le chiffre pour l’année 2020 : 220 535 premiers titres de séjour délivrés. Cela représente une diminution de 20,5 % sur un an. Cette baisse est directement imputable à la crise sanitaire et à la fermeture des frontières. Le motif familial reste le premier motif d’attribution d’un titre de séjour, 75 245, mais a diminué de 16,9 % par rapport aux chiffres de 2019. L’immigration économique, souvent au cœur des débats sur le sujet, a été particulièrement touchée par la pandémie avec une baisse de 31 %.

Depuis plusieurs mois, il est en effet de plus en plus difficile d’obtenir un rendez-vous en préfecture pour demander un titre de séjour. Le 28 janvier, une trentaine d’associations ont saisi à ce propos les tribunaux en Île-de-France. “Pour les démarches concernant les étrangers, il n’y a pas assez de rendez-vous, ce qui fait que certaines personnes attendent des mois et parfois plus d’un an avoir de pouvoir ne serait-ce que déposer leur demande“, expliquait à l’époque Clémence Lormier, chargée de projet migrants pour l’association Cimade dans les colonnes du journal La Croix.

Rupture de tendance

La responsabilité de la crise sanitaire dans cette baisse des chiffres sur l’immigration semble d’autant plus plausible que l’année 2020 a rompu avec la tendance générale de ces dernières années. Entre 2016 et 2019, l’attribution des titres de séjour a augmenté de plus de 20 %. Avant de brusquement chuter en 2020.  

Même schéma pour les titres attribués au motif de l’immigration économique. La rupture semble d’autant plus forte que la DGEF fournit dans son rapport une évolution depuis l’année 2011. Les titres pour ce motif ont connu une augmentation constante pendant 8 ans pour atteindre 50 % en 2019.

Le nombre de naturalisations chute

Les demandes d’asile et de naturalisations constituent des enjeux corolaires à celui des titres de séjour. Leur nombre a également grandement diminué en 2020. Au cours de l’année passée, 81 669 premières demandes (mineurs compris) ont été enregistrés par les guichets uniques de demandes d’asile (Guda). Au total, seuls 11 757 titres ont été renouvelés. Soit une baisse de plus de 38 % par rapport à 2019.

L’Afghanistan (8 886), le Bangladesh (4 345) et le Pakistan (3 426) sont les trois premiers pays de provenance des premières demandes d’asile. Rappelons que ces données publiées par le ministère sont les chiffres provisoires pour l’année 2020. Les données définitives seront publiées en juin 2021.

Alexandre Camino / EPJT